Zoe Bond, Dana Li et Rebecca Wills

Le diabète et les risques de fracture

Le diabète sucré, généralement appelé diabète, est une maladie qui touche l’hormone de l’insuline et entraîne un haut taux de sucre dans le sang. L’insuline est nécessaire pour absorber le glucose (sucre) dans le sang afin de fournir de l’énergie aux cellules. En présence de diabète, l’insuline est insuffisante pour acheminer le glucose du sang aux tissus corporels, produisant un taux de sucre élevé dans le sang. Les diabétiques de type 1 ont une incapacité à sécréter de l’insuline et ont besoin d’injections pour y pallier. Bien que les personnes atteintes de diabète de type 2 ont la capacité de produire de l’insuline (en fait, leur taux d’insuline est élevé), leur organisme n’est pas apte à utiliser celle-ci adéquatement; elles doivent donc prendre des médicaments permettant d’abaisser le taux de sucre dans le sang, que ce soit sous forme de comprimés ou d’injections d’insuline.

Le diabète a de multiples effets sur l’organisme. Des taux anormaux d’insuline et de glucose dans le sang peuvent avoir une incidence sur les reins, les nerfs, les vaisseaux sanguins et les yeux. Le diabète peut aussi toucher les os, ce qui signifie que les personnes diabétiques présentent un risque plus élevé de fractures. Celles atteintes du diabète de type 1 ont une faible densité osseuse et près de 20 % d’entre elles ont, à moins de 60 ans, une densité osseuse si faible qu’elle est considérée comme étant ostéoporotique. Les personnes atteintes de diabète de type 2 semblent être à l’abri de la perte osseuse et la densité de leur os peut être normale. Les études démontrent que la densité osseuse des diabétiques de type 2 s’avère plus élevée que celle des non-diabétiques. Ce serait la qualité des os, un autre déterminant de la solidité des os, qui pourrait expliquer le risque accru de fractures chez les diabétiques de type 2.

Les médecins calculent le risque de fracture chez un patient à l’aide d’un outil d’évaluation qui tient compte des facteurs suivants : l’âge, la taille, le poids, l’historique de fractures, les antécédents familiaux en matière d’ostéoporose, les habitudes de vie comme le tabagisme et la consommation d’alcool, la prise de certains médicaments, certaines maladies comme l’arthrite rhumatoïde ainsi que les résultats d’une densitométrie osseuse. Il est toutefois reconnu que les outils d’évaluation utilisés aujourd’hui sous-estiment les risques de fracture chez les diabétiques. La mise au point d’outils qui amélioreraient la capacité d’évaluer les risques fait actuellement l’objet de recherches.

Les changements dans la densité ou dans la qualité des os ne sont pas les seuls effets potentiels du diabète sur les risques de fractures. Le diabète augmente aussi les risques de chutes. Les chutes sont plus fréquentes chez les diabétiques, car le diabète peut provoquer certaines complications comme une perte de sensation dans les pieds, des troubles oculaires et des étourdissements. De plus, si la personne atteinte du diabète a un faible taux de sucre dans le sang (hypoglycémie), elle risque davantage de tomber. La combinaison d’os plus fragiles et de risque accru de chutes augmente les risques de fractures. Les os qui subissent le plus de fractures chez les diabétiques sont ceux des bras, des poignets, des hanches et de la colonne vertébrale.

Le risque de fracture est considérablement plus élevé chez les personnes atteintes de diabète de type 1. Les hommes diabétiques de type 1 sont deux fois plus à risque que les hommes non diabétiques, tandis que chez les femmes, ce risque est quatre fois plus élevé. Les personnes atteintes de diabète de type 1 présentent aussi un risque plus élevé de fracture à un âge plus jeune que les non-diabétiques, et plus le laps de temps avec lequel elles vivent avec le diabète est long, plus le risque de fracture s’accentue.

Les diabétiques de type 2 présentent aussi un risque accru de fracture. Les facteurs qui y contribuent sont la durée de la maladie, l’incapacité de maîtriser le glucose sanguin et l’occurrence de complications touchant par exemple les yeux ou les reins. Les diabétiques de type 2 ont 70 % plus de risque de subir une fracture autre que celle de la colonne vertébrale que les non-diabétiques. De plus, beaucoup de ces patients souffrent d’une carence en vitamine D, essentielle à la solidité des os.

Info-fracture

Si êtes atteint de diabète, que ce soit de type 1 ou de type 2, vous présentez un risque plus élevé de fracture, à la fois en raison des effets du diabète sur vos os que du risque accru de chutes.

Médicaments contre le diabète et risques de fracture

De nombreux médicaments sont offerts pour aider à maîtriser le glucose sanguin. Des études révèlent que certains d’entre eux peuvent solidifier les os et réduire les risques de fracture tandis que d’autres les fragilisent et accroissent les risques de fracture.

La metformine est considérée comme ayant des bienfaits pour les os. Certaines expériences menées sur des animaux suggèrent que la metformine agit favorablement sur la santé des os en augmentant le nombre de cellules qui forment la substance osseuse (les ostéoblastes) tout en réduisant celles qui les détruisent (les ostéoclastes).

Les thiazolidinediones (ou glitazones) ont démontré l’effet inverse, diminuant le développement des cellules qui forment de nouveaux os et stimulant celles qui les détruisent. Cela signifie qu’une personne atteinte de diabète de type 2 prenant des thiazolidinediones présente un risque plus élevé de fractures, et ce, parce que la perte osseuse est plus importante que la formation de nouveaux os. Bon nombre d’études indiquent que l’incidence des fractures à la hanche est à la hausse chez les personnes utilisant les thiazolidinediones et que le risque augmente avec la durée de l’usage du médicament. D’autres médicaments antidiabétiques, comme la canagliflozine (Invokana®), sont également associés à un risque accru de fractures. De nombreux médicaments servant à soigner le diabète peuvent accroître le risque d’hypoglycémie, un facteur de risque pour les chutes.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous?

Si vous êtes atteint de diabète, qu’il soit de type 1 ou de type 2, vous présentez un risque plus élevé de fracture, à la fois en raison des effets du diabète sur les os et du risque accru de chutes. De nombreux types de médicaments de prise en charge du diabète sont proposés et certains d’entre eux peuvent avoir une incidence sur la santé de vos os. Il est important de discuter avec votre médecin ou votre professionnel de la santé pour évaluer en profondeur votre diabète et la santé des os. Cela doit comprendre une évaluation des risques de fractures et de chutes ainsi que des médicaments antidiabétiques, en veillant à déterminer ce qui est meilleur pour vous. Entreprendre un programme régulier d’exercices d’équilibre et de renforcement est une excellente façon de maintenir la densité osseuse, de réduire les risques de chutes et de fractures et de vous maintenir généralement en santé.

Au moment de la rédaction de cet article, Zoe Bond, Dana Li et Rebecca Wills étaient des étudiantes de quatrième année en kinésiologie à l’Université de Waterloo. Les autrices ont été sensibilisées aux risques de fractures chez les personnes atteintes de diabète sucré dans le cadre d’un cours sur la santé osseuse. Intriguées par le sujet, elles se sont investies dans la recherche et espèrent que cet article s’avérera utile à ceux qui vivent avec l’ostéoporose et le diabète.